Eleven - Les Cavernes des Lamentations - Chapitre 3
dimanche 28 octobre 2007 à 19:08
Avec le chapitre 2 là, juste en-dessous.
En effet, l'aventure n'était pas de tout repos. C'est avec peine que Pantouffe esquivait les crocs acérés des monstrueux reptiles. Leur rapidité et leur puissance rendait les combats très périlleux. Une fois même, un raptor griffa notre guerrière au point que son bras paraissait tomber. Un lambeau de peau était l'unique lien qui le maintenait attaché à l'épaule, mais mes soins supérieurs réparèrent presque instantanément la blessure. L'orcque ne semblait pas en souffrir, mais elle poussa un petit "aïe" lorsque je lui appliquai de l'alcool sur sa plaie.
Les limons, en plus de l'odeur de putréfaction qu'ils dégageaient - mais cohabitant avec l'orcque, nous étions habitués à pareille puanteur - crachaient de l'acide en plus grosse quantité qu'aucun ver géant des Maleterres ne pouvait en produire en une journée. Parfois, ils leur arrivaient, par le biais de je ne sais quelle magie obscure, de se clôner juste avant leur mort, nous laissant face à un nouveau limon au plus haut de sa forme. Cela compliquait énormément les combats, d'autant plus que les plus farouches de nos adversaires rôdaient tout près.
Les druides elfes étaient de loin les plus dangereux ennemis de la grotte - si l'on excepte Pantouffe et ses coups d'épées vigoureux et aléatoires.
Non contents de se transformer en redoutables serpents, ils se soignaient mutuellement, créaient des zones de silence et parvenaient à nous plonger dans de longs sommeils. Dans les deux derniers cas, il nous était logiquement impossible d'agir. De plus, ils semblaient pour la plupart très résistants à mes attaques mentales. Cela, je suppose, parce que les cerveaux elfes sont très petits, inexistants, rangés au placard, leur présence étant souvent inconnue, état neuf, jamais servi.
Malgré les dangers présents à chaque tournant, notre quête ne fut pas longue. Tant mieux, j'ai froid aux doigts et j'ai la flemme d'écrire.
Les chefs elfes, bien qu'ils possèdent des sorts très pénibles comme ceux décrits plus haut, ne furent en général pas résistants à la charge furieuse d'une orcque désireuse de les bouffer crus, cuits, à la sauce de Tanaris ou à la broche - l'épée de Pantouffe se prêtant d'ailleurs merveilleusement bien à cette dernière utilité.
Un à un, ils tombèrent.
Nous connaissions les dangers qui nous guettaient, nous savions que les elfes utilisaient ce genre de techniques, nous étions, en un mot, préparés.
Notre surprise fut donc totale quand, après que le dernier druide eut mordu la poussière, nous fimes face à Verdan, élémentaire monstrueux de près de quinze mètres de haut. Des mains de la taille d'un tauren, un buste aussi imposant qu'un zeppelin, des jambes de la taille d'une hutte... Le combat s'annonçait titanesque. J'expliquai brièvement une stratégie qui avait germé dans mon esprit à la seconde où j'avais vu le monstre.
- Donc Pantouffe, j'entame le combat pour le distraire pendant que tu montes sur son dos pour lui faire mal. C'est compris ?
N'attendant pas vraiment de réponse à ma question, je me lançai dans la bataille. Le monstre se lança sur moi à une vitesse impressionnante. Ce qui fut encore plus marquant, ce fut la vitesse à laquelle sa main rencontra mon corps tout entier. J'eus le temps d'entendre Pantouffe crier "MINERAI DE FER !" avant de tomber au sol. La dernière chose que je vis avant de m'éteindre fut l'orcque matraquant une mine à grands coups de pioche.
Lorsque je rouvris les yeux, tout était beaucoup plus calme, plus sombre. Le temps semblait s'être arrêté. Il se passa un moment avant d'apercevoir cette forme blanche. J'allais à sa rencontre. Je n'étais pas effrayée. Inconsciemment, je savais que j'étais morte, alors que pouvais-je risquer de plus ?
La forme blanche prit calmement la parole.
- Bonjour Chaussure.
- Euuuh, bonjour.
Mais comment connait-il mon nom ?
- Je connais ton nom parce que je suis le Gardien des Âmes.
- Vous lisez dans mes pensées également ? Vous êtes quoi ? Une sorte de devin ?
- Non, par ma qualité de Gardien, je possède certains dons, dont ceux que tu viens de découvrir.
- Je n'en crois pas un seul mot.
- Eh bien tu devrais.
- Non.
- Peut-être bien que si.
- Ca ne prend pas.
- Bon... Ok j'avoue tout, je connaissais tes parents, je t'ai reconnu malgré les années qui se sont écoulées...
- Ca n'a aucun sens. Je suis une réprouvée, ce qui signifie que j'ai grandi dans une enveloppe corporelle autre que celle-ci. Vous n'avez pas pu me reconnaitre !
- Ouaaais ok... Si tu veux toute la vérité, on m'a signalé une mort stupide dans les Cavernes des Lamentations, causée par le manque d'attention d'une orcque à l'égard de son groupe, j'ai cherché un groupe semblable à la description, et bingo, Chaussure, te voilà.
- Et pour la télépathie ?
- Un simple tour de passe-passe à deux cuivres. La plupart des gens qui me rencontrent se demandent intérieurement comment je peux connaître leur nom.
- Et s'ils ne se sont pas posés la question ?
- Alors je crie "NE DEFIE PAS LA PUISSANCE D'UN GARDIEN", et tout de suite, ils se calment.
- Forcément. Je crois avoir déjà entendu parler de vous.
- Les cas des gens qui se souviennent de moi sont rares.
- Mais, si je suis là, cela signifie que je suis morte ?
- En effet. Mais comme tu m'es sympathique, je vais te faire une fleur. Je te ressuscite gratos, et sur place ! Et puis, de toute façon, nous sommes amenés à nous revoir hein !
- Comment ça ? dis-je, troublée.
- Eh bien, à traîner avec une elfe et un orcque, ce sont des risques dont il faut tenir compte. Tiens, pour tes amis, voilà ma carte.
Et il me tendit un petit bout de carton - ce qui m'étonna d'ailleurs, étant donné qu'il n'avait pas de bras.
- Euh, bin, merci !
- A une prochaine Chaussure !
Et l'instant d'après, j'ouvris les yeux, ayant pour vue Pantouffe et Matix qui me fixaient avec crainte, tristesse pour l'elfe, et une furieuse envie de déguster ce repas promptement offert pour l'orcque.
- AH ! Rends-moi ce tibia dans la seconde où ça va chauffer pour tes oreilles vertes !
Elle avait déjà mis à exécution son plan de me bouffer.
- Bon, ça va, il est intact. MAIS ATTENTION HEIN ! Tout ça c'est de ta faute tout de même !
- Tu as bien failli passer de l'autre côté... encore, fit Matix.
Je bafouillai quelques mots, ne sachant si j'avais rêvé ou si ce que j'avais vécu il y a peu... cela me semblait avoir eu lieu il y a une éternité. La douleur quant à elle était bien réelle.
Je décidai de passer outre la punition de Pantouffe (elle m'avait presque fait tuer quand même !).
A nouveau j'expliquai la stratégie, prenant soin cette fois de vérifier que Pantouffe était présente.
Le combat commença. Pantouffe eut rapidement toute l'attention de Verdan, le frappant à grands coups d'épée derrière les oreilles. Malheureusement, il l'écrasa d'un coup contre son épaule, et elle tomba au sol. Un changement de tactique s'imposa. Pantouffe décida d'elle-même ce qui était nécessaire de faire. Au delà du fait qu'elle avait pris une décision seule - ce qui en soit était déjà impressionnant - cela fit tourner le combat à notre avantage.
Courant dans tous les sens entre les jambes de l'élémentaire à une vitesse qui ne lui permettait pas d'être atteinte, elle coupait petit à petit les lianes qui servaient de tendons au monstre.
Lentement, il perdait la bataille. Il s'afaissa d'abord, puis plia un genou, enfin les deux. Pantouffe grimpa sur son dos et presque avec pitié, acheva rapidement la souffrance de notre adversaire. Un coup d'épée précis dans la nuque, et c'en était fini.
L'orcque fut impressionnante sur ce combat, et en fut justement récompensée. Une lueur jaune l'entoura, signe qu'elle avait atteint un stade supérieur dans l'évolution de sa classe.
- DING ! fit-elle.
Je fixai Matix avec de l'incompréhension dans les yeux, et elle me rendit mon regard. Nous fûmes néanmoins trop heureuses pour notre amie ainsi que pour avoir vidé les Cavernes des Lamentations de ses monstres.
Il ne nous restait plus qu'à retourner voir Naralex à l'entrée.

