Ragefeu, la suite
dimanche 30 septembre 2007 à 20:25
Chapitre 2
Les premiers combats furent simples. Notre guerrier me mettait toutefois dans des états de stress importants lorsque les coups qui lui étaient portés ne faisaient pas que le chatouiller.
Les orcs aiment les coups, c'est une évidence. Néanmoins, quand il lui arrivait de prendre de bonnes grosses baffes, notre machin vert à nous perdait tout contrôle et se mettait à hurler "ILE AIFFE DAI PAI !". Quelquechose dans le genre. J'ai mis du temps à saisir la subtilité de ce qui appartient sûrement à un ancien dialecte orc. Cela semble signifier "j'ai mal, soigne mes blessures s'il te plait".
Chaque fin de combat fut ponctuée par un "jéjélaule", qui veut dire "bravo" ou équivalent. "Laule" revient d'ailleurs régulièrement dans des tas d'expressions orcques, telles que "KRITIKELAULE", "LAULEPOUNAIDE" ou "NINJALAULE".
Je vois mal le rapport entre la barbarie de notre bestiole verte - qui en ce moment se gratte la tête avec un pied de démoniste - et la subtilité de l'art ancien ninja.
Enfin bref... Toujours est-il que "laule" reste inexplicable, surtout que ce mot est énoncé sous d'autres formes. "Aulaulaule", "loule" (probablement une diffèrence d'accent), le plus étrange de tous, "aulaulaulaulaulaulocarray".
Cela, je pense, restera à tout jamais un mystère pour l'inhumanité.
Les combats se compliquèrent lorsque nous arrivâmes face aux troggs. Leurs chamans, non contents de lancer d'aveuglants et dévastateurs éclairs, régèneraient leur santé ainsi que celles de leurs accolytes.
Il avait été décidé que ce soient ceux-là à tomber en premier sous nos coups. Les affrontements étaient alors nettement mieux gérés.
Il n'était pas rare qu'une patrouille, alertée par le bruit des combats, se mêle à la bataille. Parfois même, notre groupe se retrouvait en sous-nombre face à d'impitoyables troggs désireux de nous déguster en chanson autour d'un feu.
Mais la sauvage appelée Pantouffe qui nous servait de coffre-fort sur pattes encaissait bien les coups, et c'est avec enthousiasme qu'elle hurlait des "DAÏLLE PLIZE DAÏLLE", souhaitant la mort de tous ses adversaires, cris bien souvent suivis d'un "RAINAUVE AIFFE DAI PAI". Une variante de l'habituelle demande de soins.
Une fois les troggs éliminés, nous parvînmes à l'antre du premier lieutenant de la Lame de Feu, non sans avoir nettoyé au préalable...
- C'est quoi un préalable ?
- Ca veut dire "avant" quoi.
- Ah. Zog.
... la salle dans laquelle il se trouve, afin de l'affronter sereinement et surtout, les pieds baignant dans le sang encore chaud de ses sous-fifres.
- Le sang c'est bien ! Sauf le mien !
- Tu permets que je continue ?
... Où en étais-je ? Ah, oui. Le premier vilain.
Taragaman l'Affamé. D'apparence démoniaque, environ trois mètres de haut, une épée aussi grande et large que mon regretté oncle Hubert (qui se prenait pour un murloc et qui fut enterré vivant - il eut une vie tout à fait exceptionnelle), une cuirasse à l'allure impénétrable. Le combat s'annonçait grandiose.
Il débuta grâce à l'elfe qui lui jeta un caillou dans l'oreille.
Nous la fixâmes, partagés entre la rage, la surprise, et l'envie de pactiser avec le boss en la lui offrant en sacrifice.
- Bin quoi ? J'aime pas les démons, ils sont laids et ils sont méchants !
- Pas de temps à perdre.
Reprenant mes esprits pour le reste du groupe, j'ordonnai à chacun de se tenir à son rôle.
- Le voleur, tu cours dans son dos et tu le frappes comme tu peux avec tes machins, là.
- Mes dagues.
- Oui, si tu veux. Et je veux pas qu'il se sente comme en séance d'acupuncture. Fais-lui mal !
- Une fois, j'ai pris rendez-vous chez un chaman pour une séance...
- L'elfe, tu la fermes.
- D'accord pfff... Je fais quoi alors ?
- Rien. Tu la fermes, c'est tout. Pantouffe, euh, bin... fais gaffe.
Un affrontement de cette taille était une première pour le voleur. Ses dents claquaient en rythme, aussi décida-t-il de les ranger dans sa poche.
La bave aux lèvres, Taragaman s'avança vers le groupe. Sa fureur était ressentie par tous. Finiraient-ils esclaves de la Lame de Feu, ou auraient-ils plus de chance en mourrant sous les coups du monstre qui n'était qu'à quelques mètres d'eux désormais ? L'issue de ce combat était incertaine. A l'inverse, une chose était sûre : ces moments resteraient à jamais gravés dans les mémoires de nos jeunes aventuriers encore trop peu expérimentés.


